Qu’a dj oyou é l’êr?
Chansons et traditions de Noël en Wallonie.
Etienne Bours
Voilà des tchansons d’amon nos-ôtes, des chansons de chez nous comme on dit en Wallonie.
Enfin, on disait ! Parce que le wallon, ce dialecte truculent des francophones de la petite Belgique, se perd dans les oubliettes de l’histoire. Cette histoire qui veut qu’on rejette l’inutile, le superflu, les miettes de la vie de tous les jours qu’on aimait ramasser du bout d’un doigt mouillé à même la nappe en toile cirée. Fini ce langage de bouseux, d’ouvriers, de manuels, de petites gens. Place au progrès messieurs dames, aux langues qui rapportent et qui vous feront voyager vers plus de succès et de bénéfices. Le wallon, non mais et puis quoi encore ? Circulez, la bête est morte. Eh bien non. Non, parce qu’il reste des irréductibles, de ceux qui aiment le parler, le chanter, le roucouler, le ronronner, le gueuler, le chuchoter. Et que Marc Malempré est de ceux-là. Il pratique la musique et la danse depuis belle lurette, joue violon et cornemuse et aime chanter ces anciennes traditions qu’il connaît et que toute sa famille connaît et qu’ils n’ont eu de cesse de transmettre de génération en génération. Au point que même un observateur attentif ne sait plus qui est ce Malempré qui chante ou qui joue : Marc, un de ses enfants, un petit enfant… ?
Allez savoir, ils brouillent les pistes pour que seule la musique, la chanson et la danse importent à vos yeux et à vos oreilles. D’ailleurs vous ne trouverez pas de noms de musicien ou de chanteur ni sur la couverture ni sur la tranche de ce CD. Il vous faudra ouvrir le livret pour comprendre que Marc Malempré est le maître artisan du projet et qu’il le mène avec ses comparses Remy Decker, Koen Vanmeerbeek, Muriel Bruno, Fred Malempré et Tania Malempré. Violon, cornemuse, flûtes, guitare, harmonium, nyckelharpa, quinton, percussions et chant. Et puis ces chansons délicieuses de ces bergers qui parlent wallon tandis que la Vierge et les anges s’expriment en français ; ces airs anciens, ces ambiances à la fois désuètes et tellement justes… ce répertoire sauvé des cimetières des cultures populaires par des binaméye djins (de bons amis, littéralement des gens bien aimés) qui n’oublient pas d’où ils viennent, sans se préoccuper de démontrer qu’il faut à tout prix aller quelque part.
Merci à Marc et à ses chers comparses pour cette page de vieilles chansons qui ne sont guère plus vieilles, et surtout pas plus mauvaises, que tout ce qu’on peut entendre aujourd’hui aux environs des fêtes de Noël. Malempré n’attend qu’une chose : pouvoir travailler avec d’autres musiciens et chanteurs pour mélanger ce répertoire aux les leurs dans la mesure du possible. Avis aux amateurs.
Contact : malemprema@yahoo.fr



