La Talvera
Balèti Blues
Etienne Bours
Lorsque je reçois un nouveau disque de La Talvera, la démarche est simple. Je ne place pas de suite le disque sur le lecteur, je commence d’abord par la lecture du livret. Premier plaisir, première entrée en matière.
Et quelle matière, une fois de plus ! La composition du groupe d’abord : Daniel Loddo évidemment avec ses cornemuses, son accordéon diatonique, son harmonica, Céline Ricard bien sûr, avec ses fifres, hautbois et guimbardes, Aelia Loddo, digne héritière du talent familial, avec ses violons et puis Zoé Durand avec banjo – tous chantant et jouant des percussions. Que te voilà bien entouré cher Daniel ! Les musiciens et chanteurs étant connus, je me plonge dans le répertoire : traditions d’Occitanie comme il se doit, ces musiques qu’ils ont collectées, enregistrées, produites, ces musiques qu’ils connaissent mieux que quiconque et auxquelles Daniel Loddo ajoute ses compositions, ajouts adroits à une tradition en mouvement, toujours vivante, toujours dynamique. D’autant que, comme toujours, Daniel ajoute son grain de sel à chaque pièce traditionnelle faisant ce que les Américains appellent le folk process, processus qui consiste à donner à une chanson ancienne une dimension actuelle.
Et voilà que chaque chanson nous balance des vérités qu’il est urgent de proclamer haut et fort dans ce monde qui part en couille si vous me permettez une expression au raz des pâquerettes particulièrement sèches en cet été diabolique. Loddo est en verve une fois de plus et ça fait un bien fou à ceux qui aiment écouter des chansons qui ne se contentent pas de rappeler les jours anciens mais qui dénoncent, engagent, concernent. Ils sont chauds ces petits couplets sur les grandes bassines – et ce foutu maïs - , sur les dérives politiques et sociales, sur le besoin de garder l’amour de la planète, sur la liberté… certaines chansons reviennent d’enregistrements précédents, revues et corrigées, rajeunies par cette équipe…
Alors, le livret étant lu, j’entre dans une écoute jouissive de l’album, je m’enfonce dans ce répertoire qui colle à ces quatre chanteurs et musiciens comme les vêtements les plus simples et les plus colorés collent aux gens les plus simples et les plus déterminés. Et je m’envole, une fois de plus, au son de cette musique du sud qui sent bon, qui sonne bien, au rythme du temps qui passe, des saisons qui vont et viennent, des danses au soleil qui n’oublient pas que le tocsin peut aussi sonner à toute heure du jour ou de la nuit. Un album de très grande qualité.



