Constantinople & Belem
Horizons lointains
Etienne Bours
Ils ont osé ! Cette rencontre aventureuse par-dessus les océans, les préjugés et autres idées reçues.
Constantinople nous a habitué à sa musique iranienne partagée entre quelques musiciens vivant au Canada, en France ou ailleurs selon les circonstances. Kiya Tabassian en est l’âme, il joue le sétar et connaît cette tradition perse. A ses côtés pour ce projet, il a invité Didem Basar, excellente joueuse de qanun. Avec eux, en rencontre étonnante : Belem, ce duo belge que l’on connaît aussi puisqu’il s’agit de Kathy Adam au violoncelle et Didier Laloy, l’incontournable, à l’accordéon diatonique. Fallait oser me direz-vous. Certes mais pourquoi cette rencontre, d’où est venue cette idée de balancer ce nomade musical qu’est Laloy en plein contexte oriental, et non des moindres ? Le violoncelle semble se concevoir facilement dans cet univers, le diatonique c’est quand même une autre paire de manches (retroussées dans le cas de Didier). Ajoutez à cela la discrétion dans laquelle ce projet est né et s’est concrétisé principalement au Québec. Silence sur toute la ligne ; ou à peu près. C’est en arrivant, à pied s’il vous plaît, dans le majestueux village de Conques, sur le chemin de Saint Jacques, que j’ai trouvé ce disque discrètement exposé dans un coin de la jolie librairie de cet écrin médiéval. Je n’en croyais pas mes yeux ; avais-je donc trop marché ? De retour j’ai appelé le sieur Laloy pour le faire avouer et il avoua : le disque était sorti sans tambour ni trompette (ça se confirme à l’écoute), sans annonce, sans publicité. Allez comprendre ! Je connaissais un peu ce projet, j’avais eu la chance d’écouter quelques pistes et j’en avais pensé, écrit, ceci : « Suivre le périple du soleil, du Levant au Couchant… En passant par l’océan sur un navire fait de cordes et de bois, poussé par le vent. Cordes et bois d’un qanun, d’un setar, d’un violoncelle, fouettés par le souffle d’un accordéon, infatigable vagabond de la planète. D’est en ouest et retour. Au gré de ces marées qui provoquent les rencontres entre musiciens d’écoute et d’échange ». Je n’ai rien à y ajouter en fait. Ces quelques images naïvement lyriques (« tu es trop lyrique » me disait parfois ce cher Henri Lecomte) collent encore à mes impressions après plusieurs écoutes. Les quatre font la paire si vous voyez ce que je veux dire ; ça fonctionne, c’est agréable, c’est musical. L’échange est humain et les notes se comprennent par-delà les langages. S’il me fallait tempérer cet avis, je dirais qu’on reste un peu sur sa faim. On se dit « oui, mais encore ? ». La rencontre est belle, elle est circonstancielle, elle est peut-être un accident de parcours, en tout cas un moment, une étape dans le cheminement de ces quatre musiciens mais il en faudrait plus pour en faire sortir l’âme profonde. Pour aller au-delà de la simple beauté d’une musique… Va falloir continuer messieurs dames !
Ma Case – Socadisc – Koda Productions – Absilone



