Alim Qasimov / Michel Godard
Awakening
François Saddi
Improbable cette rencontre entre ces 2 immenses musiciens que sont le chanteur traditionnel azerbaïdjanais Alim Qasimov et le musicien improvisateur, tubiste, bassiste, spécialiste du serpent et compositeur Michel Godard ?
Et bien en fait, non ! Ce sont 2 musiciens de la même génération (l’un est né en 1957 et le second en 1960) qui ont notamment en commun l’improvisation, chacune avec ses règles propres, le Mugham pour le premier et le monde du Jazz pour le second (ici au serpent et à la basse). Quand on observe attentivement leurs longs cheminements artistiques, on voit bien d’une part les ouvertures vers l’occident d’Alim Qasimov (avec Yo Yo Ma, le Kronos Quartet…), et d’autre part pour Michel Godard un parcours pluriel l’ayant amené à de multiples rencontres, que ce soit dans les mondes du Jazz et des musiques savantes comme dans ceux des musiques traditionnelles comme, pour n’en citer que quelques uns avec le vielliste Valentin Clastrier, la chanteuse Lucilla Galeazzi, le flûtiste Jean-Luc Thomas et, dernièrement, avec la chanteuse Nataša Mirković ou le oudiste Ihab Radwan.
Pour cette superbe aventure musicale et humaine, ils se sont entourés du pianiste Salman Gambarov et du joueur de vièle Kamancheh Rauf Islamov. Je me souviens du choc ressenti la première fois que j’ai entendu le grand Alim Qasimov à la fin des années 90 : une voix haut-perchée tendue et inspirée, lumineuse et chargée d’émotion… Quant à Michel Godard, dont la simplicité des mélodies n’a d’égale que leurs musicalités, je suis à chaque fois impressionné par la "justesse" de sa présence, quelles que soient les configurations dans lesquelles il intervient, toujours dans l’écoute de l’autre, joliment présent sans pour autant être omniprésent, respect !
Ce disque renferme de nombreuses pépites comme"For Alim", ce très beau morceau de M. Godard, l’une de ses compositions, souvent déclinée dans ses albums, "Trace of Grace", ou l’un de ses titres fétiches, "Si dolce é’l tormento" (C. Monteverdi), ainsi qu’un traditionnel azeri "Mansuriyya"… Ou encore le titre éponyme. Vous l’aurez compris, cet album est un petit trésor à acquérir d’urgence, inclassable et magistral : un must !
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