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Des mondes de musiques

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Trump a réveillé le protest song

Etienne Bours

Certes, les vieux de la vieille que nous sommes avons tendance à lorgner du côté des anciens, ceux qui ont donné au protest song américain ses lettres de noblesse : Dylan, Baez, Springsteen, Young… (je cite ceux qui sont encore de ce monde).

 

Neil Young et Bruce Springsteen ne décolèrent pas face au psychopathe qui dirige leur pays. On ne compte plus les diatribes de Bruce haranguant le public de ses concerts. Le vieux Neil demeure infatigable et vient de produire une chanson qui en dit long : Big crime. « On ne veut pas de lois fascistes, on ne veut pas d’écoles fascistes, on ne veut pas de soldats dans nos rues, on a un grand crime installé à la Maison Blanche. Il faut mettre les fascistes à la porte, il faut nettoyer la Maison Blanche… ».

Joan Baez est inquiète. Elle vient de publier un recueil de poèmes (Quand tu verras ma mère, invite la à danser) et de sortir un film sur sa vie et sa carrière (I am a noise). Il ne faut surtout pas oublier sa chanson Nasty man sortie lors du premier mandat de Trump. Elle la chante chez elle avec un accompagnement de guitare qui porte la marque de sa finesse. La chanson a été mise sur le net dès son enregistrement en 2017 et devint virale.

“Here’s a little song
About a man gone wrong
While building up his evil empire.
And after month of ifs and buts
The papers got the guts
To call the Man of the Year a liar
To call the Man of the Year a liar”

Et plus loin:

“Cuz you’ve got serious psychological disorders.
You’ve got dangerous pathological disorders”

Joan Baez qu’on peut voir aujourd’hui chanter en duo avec le chef de file de la nouvelle chanson de protestation : Jesse Welles. Ce beau gamin fait des ravages – on dit déjà qu’il est un successeur de Woody Guthrie. Il faut le voir sur scène avec la madone du style, qui pourrait être sa grand-mère, ils chantent No kings puis enchaînent avec Don’t think twice de Dylan. Entre les deux chansons, Joan prend le visage de Jesse entre ses mains et l’embrasse…

Le garçon est adoubé avec cette douceur légendaire d’une des plus grandes dames de la chanson. Et la chanson No Kings, dans sa grande simplicité, atteint l’efficacité d’un Masters of war à la Dylan

“No hatred, no violence
No starvation and no greed
And no kings, no kings
No kings

No lies, no bullets
No bombs and no need
But no kings, no kings
No kings”

Jesse Welles n’arrête pas. Le moindre nouveau problème lui inspire une chanson. Il a fait partie de plusieurs groupes, il a placé ses chansons sur les réseaux sociaux, il a enregistré plusieurs vinyles. Il est cité un peu partout, il fait le buzz comme on dit et il touche une nouvelle génération qui se lance dans ce qu’ils revendiquent comme étant du protest song. On peut voir sur Arte, dans la série intitulée Tracks, https://www.arte.tv/fr/videos/122214-020-A/tracks/ un documentaire sur ce retour d’une chanson engagée aux USA. On y découvre Joe Devito qui a, notamment, écrit une chanson sur Brian Thompson, ce directeur d’une compagnie d’assurance santé qui s’est fait tuer par un activiste. On y découvre Jordan Smart et l’une de ses chansons :

« Que ferait Jésus s’il revenait aujourd’hui ?

Dis-moi qui Jésus bombarderait-il

Des enfants en Palestine ou plutôt au Vietnam

Bombarderait-il les athées, les musulmans ou les juifs »

On découvre également la chanteuse Carsie Blanton et le duo The devil said jump (deux chanteuses : Emily Franke et Morgan Loveless). Ces trois femmes osent également s’attaquer aux sujets sensibles. Le duo n’a pas peur de chanter « Ces enfoirés m’ont poussé à acheter un flingue » tout en précisant qu’elles sont contre les armes mais que la tournure que prennent les événements fait peur, très peur…

En citer quelques-uns n’est qu’une esquisse. D’autres noms émergent : le Canadien Martin Kerr par exemple.

Il se passe des choses dans le domaine de la chanson dite folk aux États-Unis. Jesse Welles mérite d’être écouté tous les jours et les autres ne sont pas en reste. Ils sont jeunes, ils foncent avec les outils dont ils disposent : guitare et voix.

Le New York Times écrivait en cette fin de janvier 2026 que les citoyens ont tous une arme importante : leur smartphone avec lequel ils doivent filmer les exactions de la polie ICE. Un certain nombre de jeunes chanteurs savent qu’ils ont également une autre arme et que les réseaux sociaux permettent de la diffuser.

Et le vieux Bob me direz-vous ? Il a écrit tellement de chansons qui méritent de ressortir aujourd’hui tant elles sont encore d’actualité ! Mais l’homme serait sorti de sa réserve il y a peu. Il se serait prononcé dans une émission de télévision en direct, traitant Trump de « vieux bâtard vicieux qui, avec sa clique, jettent des millions d’Américains  dans une sous-catégorie de citoyens, à même les rues qu’ils ont construites, pour lesquelles ils se sont saignés et dans lesquelles ils ont survécu… ». Chante le nous Bob !

Mais, tant qu’à parler de cette génération de chanteurs, soulignons d’autres contributions parfois très récentes à ce mouvement. Lucinda Williams, formidable chanteuse d’une sorte de country rock de grande qualité vient de sortir son nouveau CD intitulé The world’s gone wrong « le protest album que j’attendais depuis longtemps » nous dit cette chanteuse de 72 ans. Son album fait le tour de nombreuses questions problématiques. La chanson Black tears fait le lien avec l’histoire du pays, ces rivières de sang, ces églises en feu, ces rêves en perdition, cette façon que l’on a de ne pas apprendre…

Une autre chanson porte un titre évocateur How much did you get for your soul  - combien as-tu eu pour la vente de ton âme ?

Une autre chanteuse septuagénaire, Eliza Gylkison, nous a également habitués à la qualité. Son dernier album enfonce le clou. Sous le titre Dark ages, il date de 2025. « Je pense qu’on a plongé dans une période sombre avec les résultats de cette dernière élection » dit-elle. Et d’entamer la chanson Dark night of the soul.

“So keep on dancing, keep on singing
Keep on passing the songs around
Keep the bells of freedom ringing
'Til the walls come tumbling down
And we heal what has been broken
In the dark night of the soul”

Quelques exemples, sans doute parmi d’autres et peut-être beaucoup d’autres, pour nous rappeler que ce qu’on a appelé protest song est un genre qui est susceptible d’hiberner en certaines périodes mais aussi, et surtout, de se réveiller à la moindre alarme. Et l’alarme déclenchée en ce moment n’est pas des moindres…

Et à l’instant où je termine ces lignes, Bruce Springsteen sort une nouvelle chanson : Streets of Minneapolis … inutile de préciser de quoi il s’agit !