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Des mondes de musiques

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Art Rosenbaum

Une icône de l’'old-time banjo” (Ogdensburg, NY, 1938 — Athens, Georgia, 2022)

Gérard De Smaele - Août 2006 www.desmaele5str.be

C’est dans les années qui ont suivi la fin du carnage de la Seconde Guerre mondiale qu’un vif regain d’intérêt pour la musique traditionnelle s’est manifesté aux États-Unis : un mouvement qui s’est progressivement intensifié à partir du milieu des années 1950. Suite à la sortie de la méthode Old-Time Mountain Banjo (Oak Publications,1968), Art Rosenbaum s’imposera – avec les New Lost City Ramblers –, comme une des figures majeures de la renaissance du banjo à cinq cordes, mettant en lumière – comme Alan Lomax et Pete Seeger (1) l’avait fait avant lui – nombre d’humbles artistes traditionnels.

Art Rosenbaum (1938–2022), Self-Portrait with Fiddle, 2004. Huile sur toile, 50 x 30'' - Smithsonian American Art Museum. En couverture du Athens Historian, Vol. 22-23, 2013.

 Il eut, à l’instar des grands revivalistes de sa génération, une existence pleinement accomplie. Lui, qui se plaisait à répéter que l’objectif de l’art ne consistait pas tant à faire carrière qu’à construire sa vie, a bâti la sienne – en paraphrasant Stephen Foster – ‘with a banjo on his knee’, incitant d’autres personnes à s’engager dans la même voie, rejoignant ainsi les grands défenseurs de la démocratie culturelle que furent – pour ne citer qu’eux – Alan Lomax (1915–2002), Izzy Young (1928–2019) ou Ralph Rinzler (1934–1994).

En 2015, à l’âge de 77 ans, à l’heure où d’autres fument tranquillement leur pipe au coin du feu, Art Rosenbaum conservait encore l’énergie et la motivation nécessaires au partage de ses connais-sances. Old-Time Banjo, son dernier opus, publié chez Mel Bay en 2015, est un travail magistral, un document unique en son genre, qui couronne soixante ans d’investigation et d’engagement pour la musique traditionnelle des États-Unis. Gageons à l’avenir qu’il continuera à faire date.

Ayant bénéficié de deux Fulbright Fellowships, des bourses d’études et de recherches accordées dans le cadre d’échanges universitaires et culturels – une en France, l’autre en Allemagne –, le banjoïste Art Rosenbaum a finalement passé une période significative de sa vie en Europe, ce qui explique au passage la bonne maîtrise des langues de Molière et de Goethe par ce polyglotte, fils d’immigrés juifs polonais. Mais c’est en marge de ses activités d’artiste peintre, d’illustrateur et de muraliste qu’il a donné, des deux côtés de l’Atlantique, d’inoubliables concerts et workshops, invité par la suite aux grands rassemblements de banjoïstes de la fin du 20e siècle, tels que les trois éditions du Tennessee Banjo Institute ou la Maryland Banjo Academy. Dans les années 1970, nous avons ainsi eu le privi-lège de pouvoir entendre et rencontrer à Bruxelles cette incontournable figure du banjo à cinq cordes traditionnel. Dans l’ambiance intimiste d’une petite salle, j’eus réellement l’impression de me trou-ver face à un « missionnaire » venu propager la bonne parole, ce dont nous avions à plus d’un égard manifestement bien besoin. Nous nous sommes revus plus de vingt ans plus tard à Buckeystown (Frederick, en 2000) lors de la Maryland Banjo Academy, une rencontre de banjoïstes émérites orga-nisée par les enfants de Hub Nitchie (1929–1992), fondateur en 1973 de la revue Banjo Newsletter, la célèbre revue contemporaine dédiée exclusivement au cinq cordes (1973-2021).

Ayant publié en 1968 une des premières bonnes méthodes du old-time banjo, Art Rosenbaum fut avec Pete Seeger (1919–2014), Mike Seeger (1933–2009), John Cohen (1932–2019), Tom Paley (1928–2017) et plus tard Bob Carlin (né en 1953), Miles Krassen, Brad Leftwich, Ken Perlman…, une

Figure de proue de ce revival, Pete Seeger – au confluent de la tradition et du nouveau ‘folk song’ – n’a cependant jamais été un « copieur servile » des musiciens traditionnels dont il s’inspirait. Il recommandait cependant toujours à son public de s’en référer aux sources. Seeger était au demeurant un grand admirateur et un propagateur de Woody Guthrie (1912–1964) et de Leadbelly (1888-1949), ce qui ne simplifie pas notre propos. Bien que créatifs, les NLCR – notamment Mike Seeger – ainsi que Art Rosenbaum suivaient ligne de conduite différente, une approche technique proche et conforme aux enregistrements originaux.

À partir de là, deux courants se sont établis : alors que certains s’en référeront aux d’enregistrements commercialisés dans les années 1920–1930 (voir par exemple la collection de disques rassemblée par Harry Smith), d’autres se baseront sur des field recordings. Le Hollow Rock String Band, un groupe fondé en 1966, avait bâti son répertoire à partir de collectages réalisés dans les années 1960 par Alan Jabbour (1942–2017) en Virginie Occidentale auprès du violoniste Henry Reed (1884–1968). Des grandes figures de la résurgence du banjo à cinq cordes aux États-Unis. Il ne faut pas pour autant oublier Earl Scruggs (1924–2012), Don Reno (1927–1984) ou Eric Weissberg (1939–2020), qui dans un autre domaine musical propulsèrent le bluegrass banjo sur la scène nationale et internationale.

Dans la sphère de la old-time music – de sa compréhension et de son analyse –, Art Rosenbaum – décédé en 2022 – laissera derrière lui une empreinte indélébile. Mais, au-delà de son apport à la folk music, il fut aussi – comme évoqué au début de cet article – un artiste peintre reconnu et apprécié. Diplômé à New York de la Columbia University – en histoire de l’art et peinture –, il enseigna d’abord à l’Université d’Indianapolis. Il poursuivra durant trois décennies à Athens, en Géorgie, à la Lamar Dodd School of Art / University of Georgia, accédant au titre de ‘Wheatley Professor’ (dans le système d’enseignement anglo-saxon, c’est une prestigieuse chaire universitaire de haut rang, dotée par des fonds privés ou des fondations), ce qui lui permit de s’adonner librement à ses deux grandes passions.

Montrant dès le plus jeune âge de grandes dispositions pour la peinture et encouragé par sa famille, Art Rosenbaum fit de l’enseignement de la peinture sa profession principale. Les critiques s’accordent cependant à afirmer que ses œuvres picturales se révèlent indissociables de sa musique. C’est un même homme qui s’exprime au cours de deux chemins qui finissent par se rencontrer, amplifiant ainsi l’expression des expériences humaines véhiculées par l’American folk music.

Ses contacts avec le sculpteur Olivier Strebelle (1927–2017) – qui possédait plusieurs de ses toiles – et avec Derroll Adams (1925–2000), un compatriote expatrié qu’il amena à enregistrer la chanson ‘Pay Day at Coal Creek’, reprise dans l’album Folk Friends (Folk Freak FF 3001, 1978; cf. infra, Pete Steele), étaient ses liens privilégiés avec la Belgique. Pour ma part, il me fit l’honneur d’une fructueuse relec-ture et d’une préface pour deux de mes publications chez L’Harmattan (2015, 2019).

Sa production fut tellement abondante qu’il serait fastidieux d’en retracer l’inventaire complet. Cependant, Internet regorge d’informations à son sujet, tandis que son site oficiel, ainsi que des articles parus dans les revues Old-Time Herald, Banjo Newsletter, Bluegrass Unlimited, Journal of American Folklore, The Scholarly Publishing Collective… (pour lesquelles il fut lui-même un grand contributeur) sont des sources fiables et de première main. C'est notamment le cas de l’article écrit en 1995 pour OTH par Alice Gerrard (née en 1934), une autre figure légendaire de la old-time music et du bluegrass.

En plus de ses publications, toujours soucieux de partager ses découvertes et ses sources, Art Rosen-baum a aussi eu la présence d’esprit de déposer de son vivant toute sa documentation personnelle et ses archives auprès de centres d’études spécialisés : à l’University of Georgia et à l’American Folklife Center, où le travail de toute une vie se trouve actuellement conservé et bien répertorié. Rappelons pour finir que Art Rosenbaum put toujours compter sur le soutien intellectuel et artistique de son épouse Margo Newmark (née en 1939), photographe, peintre et collectrice de musiques tradition-nelles, qui collabora abondamment à l’illustration de l’œuvre de son mari.

Site oficiel http://artrosenbaum.org/v2/

GERRARD Alice. “A Shared Passion. Art Rosenbaum & Friends.” In Old-Time Herald Maga-zine, Vol.5 / 2, Winter 1995-1996, pp. 22-35. https://southernmusicresearch.org/items/show/2557

PERLMAN Ken. “Art Rosenbaum’s Old-Time Banjo Book.” In Banjo Newsletter, February 2015.

https://banjonews.com/2015-02/art_rosenbaums_old-time_banjo_book.html

PERLMAN Ken. “Art Rosenbaum.” In Banjo Newsletter, Vol. XXV, November 1997. https://banjonews.com/1997-11/art_rosenbaum_interview.html

HARPER Dennis. “Art’s Spark. Remembering the Life and Art of Art Rosenbaum.” In Athens Historian, Vol. 22-23, 2013, pp. 4-9.

https://athenshistorical.org/wp-content/uploads/2023/11/2023-Athens-Historian-vol-23-final-10-27-23-r.pdf

HARPER Dennis et al. Weaving His Art on Golden Looms: Paintings and Drawings by Art Rosenbaum. Athens: University of Georgia / Georgia Museum of Art, 2006, 103 p. [catalogue d’exposition]

ROSENBAUM Art. “The Lost Recordings of Banjo Bill Cornett.” In Old-Time Herald Magazine, Vol. 10/4, April-May 2006.

https://fieldrecorder.org/review-of-the-lost-recordings-of-banjo-bill-cornett/

Dust to Digital

https://dusttodigital.substack.com/p/remembering-art-rosenbaum-december

Unbroken Circle, 2025

https://www.accgov.com/11587/ Unbroken-Circle-The-Musical-Threads-of-A 2005 – revised in 2010

Art Rosenbaum Georgia Folklore Collection. AFC 2000/203 – Library of Congress

https://tile.loc.gov/storage-services/service/gdc/gdcfindingaidpdfs/af005003/af005003.pdf

Papers – University of Georgia https://sclfind.libs.uga.edu/catalog/ms4608

A Resonant Legacy https://www.lindamatneygallery.com/art-rosenbaum

Au cours de sa longue carrière, Art Rosenbaum joua et enregistra principalement sur trois Wildwood banjos, provenant de l’atelier créé en 1973 en Californie par Mark Platin. Après avoir longtemps privilégié le ‘Tubaphone tone ring’, son ultime choix se porta sur une caisse à tone ring en bois dur. Par ailleurs, deux des anciens catalogues de vente de la marque (1982 et 1983) ont été déposés à la bibliothèque du MiM de Bruxelles (inv. 2018.299a - cote 6 R 224a).

Voir : Art Rosenbaum “Wildwood: An Appreciation.” In Banjo Newsletter, May 2010. https://banjonews.com/2010-05/wildwood_an_appreciation.html

 

In Old-Time Mountain Banjo, Oak Publications, 1968

Une première étape notable

Au début de l’été 1957, Art Rosenbaum, accompagné de Ed Kahn – deux folkloristes/ethnomusico-logues en herbe, âgés d’à peine 19 ans –, aspirés dans les prémices du grand American folk revival, s’embarquèrent pour Hamilton – une ville moyenne de l’Ohio, en forte expansion démographique dans les années 1950 –, où s’était établi le banjoïste Pete Steele 2. Au moment de cette première ren-contre, Pete Steele, ayant troqué son banjo pour une arme à feu, n’avait plus joué depuis un bon bout de temps. 

2 En 1958, après 18 ans de travail dans différentes mines de charbon du Harlan County, dans le Kentucky, cet ancien mineur, accompagné de sa femme et de ses enfants, pliera armes et bagages pour s’en aller vivre ailleurs. Ce voyage fut interrompu par un grave accident de la circulation. Par miracle, ce dramatique incident trouvera une issue inat-tendue. Témoin du drame dans lequel était plongé cette famille, prise de compassion, l’épouse d’un entrepreneur de la région exhorta son mari à lui procurer un emploi . C’est ainsi que les Steeles se retrouveront à Hamilton, où Pete poursuivra sa vie comme menuisier. Cette émouvante histoire est relatée dans The Beautiful Music All Around Us (University of Illinois Press, 2012), un écrit de l’historien et banjoïste Stefen Wade, qui retrace le parcours de musiciens enregistrés pour les Archives of Folk Culture, une section de la Bibliothèques du Congrès à Washington, l’actuel American Folklife Center.

Art Rosenbaum, 1980. Jake Staggers, Toccoa, Georgia. Huile sur toile, 52 × 54 inches (132 × 137 cm). Exposé lors de l’exposition Imaginary Landscapes: Stories from the American South, 2022, Highlands, North Carolina.

Constatant la situation, ils lui confièrent un instrument, réveillant ainsi presque instan-tanément sa surprenante dextérité. En août de la même année, Ed Kahn revint sur ses pas pour enregistrer un Pete Steele remis en selle. Il en résultera Banjo Tunes and Songs (Folkways Records FS3828, 1958(3), un disque essentiel, voire historique, pour tout amateur de musique old-time.

3 Les liner notes de ce disque sont en accès direct sur le site oficiel du label Smithsonian Folkways : https://folkways-media.si.edu/docs/folkways/artwork/FW03828.pdf

Pete Steele. Banjo Tune and Songs. Folkways Records FS3828, 1958.

Avec l’enregistrement de Coal Creek March et de Pay Day at Coal Creek, ainsi que d’autres titres, suite à un field trip entrepris en 1938 par Alan et Elizabeth Lomax4 au Kentucky pour la Bibliothèque du Congrès, Pete Steele (1891–1985) s’était déjà taillé une réputation auprès des revivalistes. Pete Seeger (1919–2014) – embauché en 1939 comme assistant de Lomax à la Bibliothèque du Congrès – fut fort impressionné par son jeu, et continuera par la suite à le considérer comme un des meilleurs joueurs du banjo à cinq cordes traditionnel des États-Unis5. Ce dernier n’ambitionna cependant jamais de faire carrière dans cette voie…

Cette brève incartade nous rappelle que dès le début du grand folk revival le banjoïste Art Rosen-baum – initialement inspiré par Pete Seeger (How to Play the Five-String Banjo, 1948, 1952, 1962) et par l’Anthology of American Folk Music de Harry Smith (Folkways Records, 1952) – simpliqua très précocement dans la recherche et la localisation de musiciens traditionnels, suivant de la sorte les traces de John et Alan Lomax, ainsi que celles de Mike Seeger (Close to Home: Old Time Music From Mike Seeger’s Collection, 1952-1967. Smithsonian Folkways SFW40097, 1997) et de John Co-hen (High Atmosphere: Ballads and Banjo Tunes From Virginia and North Carolina, Collected by John Cohen. Rounder Records CD0028, 1995) ; comme le firent aussi plus tard Alan Jabbour, Carl Fleischauer et Dwight Diller (The Hollow Rock String Band, Rounder Records 0024, 1974; The Ham-mons Family: A Study of a West Virginia Family’s Tradition. Library of Congress, 1973 et Rounder CD-1504/05, 1998)…

Dans les années qui suivirent, Art Rosenbaum n’eut de cesse d’enregistrer d’obscurs banjoïstes, d’ana-lyser leur jeu ainsi que leur répertoire, et d’en retracer l’origine. Sa première méthode, Old-Time Moun-tain Banjo (Oak Publications, 1968), fut une des premières à révéler clairement à un public spécialisé les grandes spécificités du banjo à cinq cordes : à savoir les innombrables techniques de jeu de l’instrument, liées à une large palette d’accordages. Cette méthode fut suivie par The Art of the Mountain Banjo (Mel Bay / Kicking Mule Records, 1975, réédité en 1998). Dans Old-Time Banjo Book: Forty-Seven Old-Time 5-String Banjo Tunings and Picking Styles (Mel Bay / Stefan Grossman’s Guitar Workshop, 2014), il consigna les recherches accumulées sur toute une vie, tout en nous livrant une éclatante démonstration de son art et en nous connectant à la plus authentique des musiques appa-lachiennes du Sud des États-Unis. 

Banjo recordings at the Library of Congress / Alan Lomax / Pete Steele: https://web.archive.org/web/20180724031237/https://www.loc.gov/folklife/guides/Banjo.html

A Treasury of Library of Congress Field Recordings. Rounder Records CD-1500, 1997. Liner Notes by Stephen Wade.

5 Pete Seeger a popularisé cet instrumental emblématique en 1966 dans son album God Bless the Grass (Columbia Records CL2432 et CS9232), réédité par la suite en 1982 sous le label Folkways (FSS-37232). Sur scène, Pete Seeger rendra régulièrement hommage à Pete Steele, comme en témoigne par exemple l’album Headlines & Footnotes : A Collection of Topical Songs (Smithsonian Folkways SFW-CD-40111, 1999).

https://folkways.si.edu/pete-seeger/headlines-and-footnotes-a-collection-of-topical-songs/american-folk-struggle-protest/music/album/smithsonian

Sous l’impulsion du banjoïste Reed Martin (1946-2024), Pete Steele fut invité par Ralph Rinzler à se produire au Smithsonian Folklife Festival. L’artiste déclina finalement l’invitation, invoquant qu’il ne désirait pas se mêler à un public composé de « hippies aux longs cheveux » (à l’instar d’un Mike Seeger qui arborait alors une telle chevelure. À l’époque, cette dichotomie entre musiciens traditionnels locaux et revivalistes mérite d’être soulignée. https://oldtimeparty.wordpress.com/2012/01/30/pete-steele-reed-martin-mike-seeger-and-ralph-rinzler/

Reed Martin, qui a lui aussi personnellement côtoyé Pete Steele, enregistrera à son tour une brillante version de Coal Creek March pour son album Old Time Banjo (CD autoproduit, 1998). Il en livrera également une interprétation filmée dans le cadre du documentaire A Banjo Frolic de Gérard De Smaele, auteur du script, et Patrick Ferryn, pour la réalisation technique (Frémeaux & Associés, DVD-FA4020, 2010).

 

A Treasury of Library of Congress Fields Recordings. Rounder CD-1500, 1997. Close to Home: Old Time Music From Mike Seeger’s Collection, 1952-1967. Smithsonian Fokways SFW40097, 1997. High Atmosphere: Ballads and Banjo Tunes From Virginia and North Carolina, Collected by John Cohen. Rounder Records CD0028, 1995. The Hammons Family: A Study of a West Virginia Family’s Tradition. Library of Congress, 1973 et Rounder CD-1504/05, 1998.

Il y aborde tant les grands noms de musiciens commercialisés dans les années 1920 et 1930 sous le générique de hillbilly artists, tels que Charlie Poole, Uncle Dave Macon, Buell Kazee ou Dock Boggs, que d’illustres inconnus captés lors de collectages, ces derniers illustrant des styles traditionnels propres à des aires géographiques particulières.

Trois méthodes incontournables pour l’étude des techniques de jeu et des accordages du old-time banjo. [voir aussi : Anita Kermode. 5-String Banjo Tunings https://zeppmusic.com/banjo/aktuning.htm]

Ces éditions sont toutes accompagnées d’enregistrements de première classe réalisés par l’auteur, dont la discographie personnelle commence en 1962 par Folk Banjo Styles (Bounty BY-6021), un LP en collaboration avec Eric Weissberg et Marshall Brickman (les interprètes, aux côtés de Steve Man-del, de la bande originale du film Deliverance), ainsi que Tom Paley (des NLCR) et The Dillards (un groupe phare de bluegrass des années 1960).

 

 

  

  

 

 

  

 -     Folk Banjo Styles. Bounty BY-6021 / Elektra EKL-217, 1962. Art Rosenbaum and Al Murphy. Meadowlands MS-2, 1972. Five-String Banjo. Sonet, 1973 / Kicking Mule, 1974. The Young Fogies. Heritage 056, 1985 / Rounder 0319, 1994) [écouter Poor Boy in Jail] https://www.youtube.com/watch?v=-_y43N0wSzE The Art of the Mountain Banjo. Kicking Mule Records KM-203, 1975. Georgia Banjo Blues. Global Village CD-313, 2003. Art Rosenbaum and Al Murphy. Fiddle and Banjo Music from Iowa and Another Place or Two. 2003. [1970’ recordings] The Iron Mountain Baby and other Railroad Songs, Banjo Songs, and Ballads. A. Rosenbaum, 2015.

Si une part importante de l’œuvre de Art Rosenbaum concerne le banjo à cinq cordes – au demeurant un respectable ‘fiddler’ –, elle consiste tout autant en la publication d’une somme impressionnante de field recordings. Son champ de recherche s’étend alors à d’autres aspects de la musique vernaculaire américaine : les ballades ancestrales, les musiques instrumentales et de dance ; mais aussi le blues, les chants sacrés, le gospel, le storytelling, les traditions anciennes purement nées de l’esclavage comme le ring shout

Suivant les déplacements de son père, qui était médecin dans l’armée américaine, Art Rosenbaum grandit à Indianapolis. Encore très jeune, il entreprit dès le début des années 1960 d’enregistrer et de documenter des artistes de l’Indiana School of Blues, une démarche qui se solda par la production d’une série de disques sous le label BluesVille, un subsidiaire de Prestige Records, un label indépen-dant sous la houlette du célèbre folkloriste Kenneth Goldstein (1927–1995), une personnalité phare des débuts du folk revival, qui enseigna à la Columbia University et à l’University of Pennsylvania à Philadelphie. On notera par exemple les albums des bluesmen Scrapper Blackwell (1903–1962) et Brooks Berry (1900–1976) enregistrés respectivement en 1962 et en 1963 : Mr. Scrapper Blues (BV-1047) et My Heart Struck Sorrow (BV-1074).

Folk Visions & Voices: Traditional Music & Song in Northern Georgia, est le résultat d’une entreprise de collectage de longue haleine, éditée chez Folkways en 1984. En plus des liner notes, ce travail sera aussi accompagné d’un livre éponyme sorti aux University of Georgia Press (1983).

 

 

 

 

Bluesville Records ( Prestige) BV1047 et 1074. Folkways Records FW-34161 & 34162, 1984. Art Rosenbaum. Folk Visions and Voices: Traditional Music and Song in North Georgia, Athens, Georgia: University of Georgia Press, 2013 (1983), 260 p. [livre se rapportant aux disques Folkways illustrés ci-dessus]

Suivra ensuite Art Of Field Recording Volume I & II: Fifty Years Of Tradional American Music Docu-mented by Art Rosenbaum (Dust-to-Digital DTD-08, 2007; DTD-12, 2008), qui sera couronné en 2009 d’un Grammy Award dans la catégorie « meilleur album historique ». Chaque volume se com-pose de quatre CDs, richement documentés dans un livret de 96 pages illustré par Art Rosenbaum et Margo Newmark. Cette œuvre – inspirée par l’exemple de l’Anthology de Harry Smith – répartit ces disques selon une classification thématique. Rosenbaum préserve ainsi la mémoire de musiciens souvent anonymes ou amateurs, captés dans leur salon, leur épicerie de quartier ou leur église locale, sauvant ainsi de l’oubli une culture orale en voie de disparition.

 

  

 Art Of Field Recording Volume I & II: Fifty Years Of Tradional American Music Documented by Art Rosenbaum (Dust-to-Digital DTD-08, 2007; DTD-12, 2008) Art Rosenbaum, Margo Newmark. Shout Because You Are Free: The African American Ring Shout Tradition in Coastal Georgia. Athens: University of Georgia Press, 1998, 190 p.

 

Black & Whites Recorded in the Field by Art Rosenbaum. DixieFrog DFGCD 8697, 2010. Sing My Troubles By: Visits with Georgia Women Carrying Their Musical Traditions into the 21st Century. Documentary film.

 Down Yonder. Old-Time String Band Music from Georgia. Folkways Records FTS-31089, 1982. Un trio fantastique qui fait revivre la mémoire de Gid Tanner & His Skillet Lickers, d’anciennes gloires des débuts de la country music. https://folkwayso-media.si.edu/docs/folkways/artwork/FW31089.pdf The Tanner Family Now: Phil Tanner’ Skilled Lickers. Global Village, 2007 (1997)

En 1976, peu après son arrivée à Athens, Art Rosenbaum fit la connaissance de Gordon Tanner (1916–1982), fils de Gid Tanner (1885–1960) et de sa famille. Ce dernier était un célèbre violo-neux leader des Skillet Lickers, un important string band, pionnier de la country music des années 1920–1930. Cette découverte se solda par l’enregistrement de deux disques : Down Yonder (Folkways Records, 1982) avec la participation du pittoresque Uncle John Patterson (1910–1980), et The Tanner Family Now (Global Village, 2007), la dernière mouture des Skillet Lickers à laquelle Art Rosenbaum prit part. Il raviva ainsi la mémoire des Tanners, porteurs d’une tradition inscrite sur quatre généra-tions de violoneux de l’État de Géorgie. Ceci n’est pas sans nous rappeler qu’Atlanta fut aussi en son temps une pépinière de talents pour la musique old-time [ainsi que le lieu de naissance de Martin Luther King (1929–1968), et plus tard un épicentre au cœur du ‘folk revival’]. En 1924, la banjoïste Samantha Bumgarner (1878–1960), bien que résidant en Caroline du Nord, y grava chez Columbia de mémorables titres, devenant ainsi la première femme à enregistrer des disques de country music. ‘Fiddlin’ John Carson (1868-1949), un autre pionnier, était lui aussi Géorgien d’origine. Des cher-cheurs de talents y ont lancés leurs filets avec bonheur, comme le fera plus tard Art Rosenbaum.

Suggestion : Uncle John Patterson. Arhoolie Records 5018, 1977. Autres publications : Fine Times at our House 6. Music from Apple Pie Ridge 7.

Fine Times at our House. Indiana Ballads, Fiddle Tunes, Songs. Collected by Pat Dunford & Art Rosenbaum. Folkways Records FS-3809, 1964 [including fiddler John W. Summers]

Music from Apple Pie Ridge. The Myers Sisters and Leasie. Traditional and Original Songs and Tunes from North Georgia.

  

 Art Rosenbaum. The Mary Lomax Ballad Book: America’s Great 21st Century Traditional Singer. Loomis House Press, 2013, 210 p. [foreword by Alice Gerrard]

Pour conclure cet article, rappelons que Art Rosenbaum était partisan d’une approche pluridiscipli-naire du banjo à cinq cordes, et de l’American folk music. L’aspect technique du jeu de l’instrument, développé dans ses ouvrages didactiques, n’est qu’un aspect d’une réalité beaucoup plus profonde. De toute évidence le musicien, le peintre, l’écrivain et le pédagoque qu’il était, s’ouvrait à de plus larges visions. La défense de la musique et des droits des Afro-Américains en était manifestement une, pouvant elle aussi servir à alimenter un débat politique d’une brûlante actualité depuis la naissance du mouvement ‘Black Lives Matter’. En ce sens, il rejoint les convictions d’autres grands banjoïstes tels que Pete et Mike Seeger, ou Béla Fleck, ainsi que tant d’autres comme Bob Carlin, Bob Winans, Joe Ayers, les historiens Scott Odell et Cecelia Conway… Un débat qui se focalise aujourd’hui autour de Rhiannon Giddens (née en 1977) et du jeune Jake Blount (né en 1995). Ce dernier, tout en respectant la tradition, aiguille le black banjo sur des voies plus futuristes.

On n’est bien entendu pas obligé de tout savoir ou de tout comprendre pour apprécier cette musique, mais suivre les pas de Art Rosenbaum peut contribuer à la restituer dans son contexte et à lui donner son véritable sens.